En parallèle des articles « long format » publiés sur le blog, cette rubrique propose, tous les deux mois environ, un tour d’horizon des actualités de la recherche en sciences sociales (publications, événements, conseils de lecture, etc.) consacrées à l’Allemagne, en général, et à la ville de Hambourg, en particulier.

Au programme de ce troisième épisode : Quand Hambourg était la « capitale » de l’émigration françaisePlaidoyer pour une démocratie activeQu’est-ce qui secoue la sociologie allemande ?De la pluralité religieuse à HambourgLes employés allemands face à « l’activation »Sans-abris et mal logés : portraits statistiquesÀ qui appartient Hambourg ?

Quand Hambourg était
la « capitale » de l’émigration française

Friedemann Pestel

Deuxième ville d’Allemagne et important centre portuaire, Hambourg est au centre des mouvements migratoires. Si l’arrivée des réfugiés syriens en 2015 en a été la dernière manifestation significative, on en trouve de nombreux autres exemples tout au long de ces derniers siècles.
C’est l’ambition d’un ouvrage collectif, Fluchtpunkt Hamburg, publié récemment aux éditions transcript et dirigé par les historiennes Johanna Meyer-Lenz et Nele Maya Fahnenbruck, de rendre compte de cette place singulière occupée par Hambourg dans l’histoire des migrations, en mobilisant différentes époques et différentes approches (historique, sociologique, journalistique…).
L’intérêt de l’ouvrage, malgré la faiblesse de certaines contributions, réside avant tout dans la mise en avant de phénomènes peu connus ou oubliés. Ainsi la plongée proposée par Friedemann Pestel dans le « petit Paris » hambourgeois de la fin du XVIIIème siècle est tout à fait passionnante.
Historien à l’Université de Fribourg, Friedemann Pestel s’intéresse dans son article aux Français en exil suite à la Révolution de 1789. « Premier phénomène explicite de migration politique d’envergure européenne et extra-européenne » selon l’auteur, ce sont en effet 150 000 personnes — soit 0,6% de la population française d’alors — qui prendront la route dans les années postrévolutionnaires et que l’on retrouvera de la Sicile à l’Inde en passant par la Suède et les États-Unis d’Amérique.
Vers le nord, Hambourg ne sera pas la première destination choisie. Mais la ville s’imposera assez vite en raison de l’apparition de conflits dans des zones plus proches de la frontière franco-allemande mais également par l’attitude des autorités, neutres politiquement et bienveillantes à l’égard des personnes.
S’il n’existe pas de statistiques précises et si les évaluations livrées par les témoins de l’époque peuvent être très divergentes, l’auteur estime que la ville de Hambourg, alors peuplée de 110 à 130 000 habitants, a accueilli environ 10 000 émigrants. En Europe, seule Londres en aurait accueilli davantage, faisant dès lors de Hambourg la « capitale [de l’émigration française] sur le continent ».
Parmi ces émigrants, arrivés sur une période s’étirant entre la Révolution et la Terreur, F. Pestel relève une forte diversité des profils sociaux. Si la noblesse et le clergé sont, en tant que catégories de population directement menacées par la Révolution française, fortement représentés parmi les « néo-hambourgeois », plus de la moitié des émigrés sont des membres du tiers état. Personnel de service, artistes ou artisans, ils suivent avant tout par loyauté, par dépendance ou dans l’espoir de nouveaux contrats. À cette diversité sociale se superpose avec les années une diversité politique : monarchistes, républicains, partisans de l’Ancien régime… autant de « cercles séparés » qui se retrouvent néanmoins occasionnellement dans des espaces communs et se mélangent à la population locale.
Petit à petit, émerge donc au cœur de la ville un « petit Paris » avec ses cafés, restaurants, fleuristes, théâtres et librairies. Au-delà de la (re)création d’un environnement familier, il s’agit pour les émigrés d’assurer leurs propres moyens de subsistance : face à une situation qui dure et à des sanctions très élevées mises en place par les autorités françaises, les perspectives d’un retour rapide au pays se réduisent et les ressources accumulées avant le départ s’amenuisent.
Ancien officier du général Dumouriez, lui-même exilé à Hambourg, César Rainville fonda ainsi un restaurant gastronomique qui allait devenir un endroit très prisé de la communauté française et de la bourgeoisie locale, Le jardin de Rainville (voir l’image d’illustration). Le portraitiste Jean Laurent Mosnier rencontra quant à lui un vif succès pendant ses quatre années de résidence au point d’exercer un « quasi monopole [dans une ville] sans véritable tradition artistique et sans lieux d’expositions mais avec un riche patriciat et de nombreux visiteurs fortunés. »
Dans le domaine des idées, Pierre François Fauche fit de Hambourg, à côte de Londres et de la Suisse, un centre éditorial reconnu en publiant biographies, ouvrages savants et politiques, couvrant un large spectre d’opinions. Il édita également plusieurs années durant Le Spectateur du Nord, un des plus importants journaux de l’émigration française, qui compta jusqu’à 500 abonnés (et qui donne son nom à notre propre publication).
Friedemann Pestel note cependant que ces quelques succès ne doivent pas occulter le fait que de nombreux émigrants, autrefois détenteurs d’un statut dans leur pays d’origine, doivent désormais vivre dans une certaine précarité et exercer, afin de ne pas perdre leur honneur, leurs nouveaux métiers sous nom d’emprunt. Par ailleurs, les relations entre Français et Allemands ne sont pas toujours faciles : caricaturés comme êtres arrogants, vaniteux et oisifs, les Français sont également rendus responsables de l’augmentation des prix des logements et de l’alimentation par la population locale. En face, les Français eux-mêmes n’hésitent pas à caricaturer une ville située aux confins de l’Europe du nord, au peuple inculte et pesant.
En 1802, l’amnistie est accordée aux émigrés qui acceptent de prêter serment au nouveau gouvernement. Si la grande majorité des Français installés à Hambourg décide alors de rentrer en France, la période française ne se clôt pas pour autant et les « transferts culturels » marqueront longuement la ville, jusqu’à aujourd’hui.

Plaidoyer pour une démocratie active

Can Dündar

Tut was! Plädoyer für eine aktive Demokratie (Can Dündar°Avec Faites quelque chose !, Can Dündar signe, dans une version bilingue turco-allemande, un ouvrage qui en rappellera immédiatement un autre au lecteur francophone : Indignez-vous ! de Stéphane Hessel. Avec un même format court et une interpellation similaire en guise de titre, c’est à nouveau une voix importante, dont la vie personnelle est à jamais marquée par la cause épousée (ici l’exilé politique, autrefois l’ancien résistant), qui exprime la nécessité d’un sursaut démocratique chez le plus grand nombre.
À l’heure où il peut être tentant de circonscrire le mal à quelques « démocraties illibérales » ou à opposer simplement « libéraux » contre « populistes », l’ancien rédacteur en chef du quotidien turc Cumhuriyet, aujourd’hui réfugié en Allemagne, n’épargne pas le « berceau de la démocratie », l’Occident. Car si cette partie du monde peut toujours se vanter d’une « justice indépendante, d’une presse libre, du sécularisme et d’une société civile », cela ne doit pas pour autant masquer une certaine fatigue démocratique dans laquelle les citoyens sont bien souvent réduits à n’être que de simples électeurs, invités à se prononcer seulement tous les 4-5 ans sur l’orientation politique de leur pays. Par ailleurs, ce sont les gouvernements de ces mêmes pays qui, bien souvent, « exportent le fascisme à l’étranger » en se livrant à des exportations d’armes ou en soutenant des régimes brutaux pour les populations locales.
La Turquie et son président actuel, Recep Tayyip Erdoğan, occupent bien sûr une place centrale dans l’exposé de Can Dündar. Des affrontements entre socialistes et nationalistes dans les années 1970-1980 aux violations actuelles des droits de l’homme et de la presse en passant par la montée en puissance de l’islamisme politique, le tableau est évidemment très sombre mais porteur d’enseignements. Ainsi la « démocratie active » que C. Dündar promeut depuis son exil allemand devra-t-elle, à l’échelle planétaire, favoriser les initiatives citoyennes, faire de la transparence et du contrôle public des notions centrales, défendre les minorités et les manières de vivre alternatives. Elle devra également rejeter les figures du guide ou de l’homme providentiel, car il s’agit, selon une jolie formule, de « porter les drapeaux de nos principes, pas de nos princes. »

« Académie » vs « Société »

Qu’est-ce qui secoue la sociologie allemande ?

Du 24 au au 28 septembre dernier s’est tenu à Göttingen le 39ème congrès de la Société allemande de sociologie. Ce congrès bisannuel, à l’intitulé très large ­­– « Dynamiques complexes des développements locaux et globaux » – et dont le site Soziopolis livre un compte-rendu très détaillé, s’inscrivait dans un moment spécial pour la sociologie allemande.
En juillet 2017, une centaine de sociologues s’engageait en effet dans la création d’une « Académie pour la sociologie », rivale de la jusque-là dominante « Société allemande de sociologie ». Critiques d’une discipline qui se serait développée en multipliant les sujets, théories et approches méthodologiques au point de voir « ses propres contours disparaître », ces sociologues veulent promouvoir une sociologie « empirique et analytique », mobilisant davantage le potentiel des nouveaux gisements de données numériques (bigdata). Une offensive quantitative ? Plutôt « des nouvelles possibilité de faire travailler ensemble des méthodes différentes. […] Il est intéressant de voir que les méthodes quantitatives sont vues et utilisées avec moins de préjugés dans d’autres sciences humaines que dans certaines parties de la sociologie » déclarait en mai dernier Thomas Hinz, président de la nouvelle Académie, dans un entretien avec Soziologie Magazin.
Signe de l’importance des débats qui agite le champ sociologique allemand, le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung aura lui-même consacré un article à ce sujet.

De la pluralité religieuse à Hambourg

Anna Körs & Alexander-Kenneth Nagel

Présente au congrès de Göttingen (cf. ci-dessus), la sociologue Anna Körs, également directrice scientifique de l’« Académie des religions mondiales » rattachée à l’Université de Hambourg, livre dans un numéro récent de la revue Social compass ses derniers travaux sur la « gouvernance de la diversité religieuse ».
Si l’on retrouve en Allemagne, comme en France, une séparation de l’église et de l’État, la constitution allemande prévoit dans le même temps une coopération entre l’État, les églises et associations religieuses, suivant trois principes que sont la neutralité, la tolérance et la parité. À cette « neutralité positive » s’ajoute la reconnaissance des églises catholiques et protestantes ainsi que de la communauté juive comme « corporations de droit public » – statut spécial leur accordant une relative autonomie dans la gestion de leurs affaires internes. Enfin, le rôle important des Länder ne doit être ni ignoré ni minimisé. Ainsi, comme le fait observer Anne Körs dans son article co-écrit avec Alexander-Kenneth Nagel, les modalités de gestion de la diversité religieuse sont très variables à travers le pays.
À Hambourg, « capitale du dialogue inter-religieux » autoproclamée, les responsables politiques n’hésitent pas à vanter le « rôle pionnier » de la ville en ce domaine, que ce soit par la signature de « contrats » avec les représentants des communautés musulmanes et alévies en 2012, ou par le contrat de coalition signé au niveau local en 2015 entre le SPD et les Verts. Un contrat de coalition qui consacre, pour la première fois, un paragraphe entier à cette question. Enfin, l’éducation aux religions, reconnue par l’article 7 de la constitution allemande, ferait l’objet à Hambourg d’une mise en œuvre toute particulière : les élèves des établissements publics n’y seraient pas séparés selon leur religion mais mélangés dans des classes mixtes.
À travers l’étude de différents documents et plans produits par l’administration, les auteurs relèvent cependant deux tendances contradictoires : d’un côté, un Islam qui polarise, ces dernières années, tous les discours et actions envisagées dans le champ de la « diversité religieuse » ; de l’autre, des églises établies, au premier rang desquelles l’église chrétienne, qui conservent un rôle prééminent dans la « gouvernance inter-croyance ».
Les auteurs reviennent également sur le modèle des « religions mondiales » largement partagé et mobilisé par les acteurs du dialogue inter-religieux, que ce soit à Hambourg mais aussi dans la Ruhr, autre territoire étudié par Anne Körs et Alexander-Kenneth Nagel. Un modèle dans lequel les religions, au nombre de cinq, sont fixement définies et leurs variations internes passées sous silence. À Hambourg, où il se traduit concrètement dans l’espace urbain par un « Jardin des religions mondiales », ce modèle apparaît cependant largement « hors-sol » dès lors qu’il ne correspond ni à la réalité sociologique – dans une ville où plus de 110 courants religieux sont recensés – ni à la réalité politique – quand l’église chrétienne jouit d’une position largement dominante.
Si l’article paru dans Social compass permet d’approcher une matière qui reste souvent dans l’ombre, on peut toutefois regretter que l’analyse du cas hambourgeois se limite à l’étude des documents produits par les administrations et ne mobilise ni les entretiens réalisés dans le cadre du projet de recherche initial ni la position privilégiée d’observante-participante occupée par Anne Körs au sein de l’« Académie des religions mondiales » de Hambourg.

Les employés allemands face à « l’activation »

Jean-Yves Gerlitz

Alors que le débat politique s’intensifie à nouveau en Allemagne au sujet de l’indemnisation du chômage, que le tribunal constitutionnel a été invité à se prononcer sur le bien-fondé des sanctions encourues par les chômeurs et que le SPD a présenté, début février, ses pistes pour « un nouvel État social », le chercheur Jean-Yves Gerlitz, de l’Université de Brême, publie dans le volume 140 de la revue Social Indicators Research un article bienvenu consacré aux performances redistributives du système allemand eu égard aux travailleurs.
En adoptant une « approche globale du revenu », laquelle observe, au-delà des seuls revenus individuels issus du travail, les rentrées d’argent à l’échelle des foyers ainsi que les prestations sociales et les transferts publics, Jean-Yves Gerlitz montre que ces performances redistributives se sont fortement détériorées entre la réunification et aujourd’hui, sous l’effet principal des réformes dites de « modernisation » du marché du travail (1998-2006).

Lire également : « Avec #unten, les précaires allemands appelés à prendre la parole »

Promouvant « l’activation » des individus, ces réformes dénommées Hartz, du nom de l’un de leurs initiateurs, ont eu des effets considérables sur le marché du travail allemand : triplement de l’emploi partiel, quadruplement des agences d’intérim ou encore, baisse continue du nombre d’accords de branche portant sur les salaires pour ne concerner, en 2014, plus que la moitié des employés. Autant de transformations qui expliquent la forte dégradation du marché du travail dans sa capacité à faire sortir de la pauvreté les individus (-5 points en moyenne pour l’ensemble des employés, jusqu’à -12 points pour les employés à temps partiel en année incomplète).
Mais si cette dégradation sur le marché du travail est déjà bien connue et documentée, qu’en est-il des mécanismes de redistribution au sein des foyers et de l’Etat-Providence ? C’est ici que l’approche retenue par J.-Y. Gerlitz s’avère tout à fait intéressante.
Au niveau des foyers, constate-t-il, le développement de l’emploi féminin a permis le passage d’un modèle basé autour du « chef de famille » à un modèle à double rentrée d’argent, permettant dès lors davantage de solidarité intra-familiale. Cette évolution positive est cependant fortement limitée par le fait que plus de la moitié des femmes qui travaillent en Allemagne sont à temps partiel (+0,8 point).
Du côté de l’Etat-Providence, l’allocation plus généreuse d’allocations familiales a joué un rôle là aussi non négligeable mais le tassement du nombre de foyers éligibles, dû à la hausse du nombre de foyers sans enfants, en a réduit d’autant la portée (+1,8 point).
Au final, comme l’indique l’auteur, si les mécanismes redistributifs jouent encore un rôle essentiel en Allemagne, la progression modeste de la solidarité familiale et étatique n’est plus en mesure de compenser pleinement la dégradation observée sur le marché du travail. Et alors que le travail continue à être présenté dans les discours officiels comme la solution naturelle à la lutte contre la pauvreté, de plus en plus de travailleurs y sont en réalité chaque année exposés.

Sans-abris et mal logés : portraits statistiques

GOE Bielefeld

À la demande de l’administration en charge du travail, de la famille, des affaires sociales et de l’intégration du Land de Hambourg (BASFI), le cabinet d’études GOE Bielefeld a rendu public, fin 2018, les résultats d’une enquête statistique portant sur les sans-abris et personnes hébergées de la ville.
Faisant suite aux études déjà menées en 1996, 2002 et 2009, cette quatrième édition avait pour tâche principale – après une période marquée par l’ouverture du marché du travail allemand aux personnes originaires de pays de l’est (2014) et l’arrivée importante de réfugiés syriens (2015) – de mieux saisir les nouveaux contours de ces populations pauvres.
Ainsi le cabinet GOE Bielefeld a-t-il, une semaine durant, du 19 au 25 mars 2018, soumis en face-à-face et récolté des questionnaires dans 63 établissements et dispositifs d’aide aux sans-abris (travailleurs sociaux de rue, hébergements d’urgence, distributions de nourriture, etc.). À l’aide de ces questionnaires, les auteurs peuvent donc écrire que « durant la semaine [de l’étude] vivaient à Hambourg 1910 personnes en tant que sans-abri », soit une augmentation de +85,6% par rapport à 2009. Mais si les premières reprises médiatiques et politiques de l’étude se sont concentrées sur cet élément précis (voir les articles du Bild, de Die Welt ou encore du Hamburger Morgenpost), les auteurs font observer que leur travail ne consiste pas en une comptabilisation fine du nombre de sans-abris, laquelle doit faire l’objet d’études plus spécifiques et nécessite d’autres protocoles d’observation.
Au-delà du comptage, la richesse de l’étude réside donc dans l’exploitation plus poussée des informations délivrées par les individus. En premier lieu, on observe, comme pressenti par la BASFI, une très forte progression du nombre d’étrangers, qui regroupent désormais 61% des sans-abris. Alors que les Allemands représentaient encore 70% des sans-abris interrogés en 2009, ils ne sont plus qu’un tiers aujourd’hui. Parmi les étrangers, les deux principaux groupes sont l’Europe de l’est (62% des individus) et l’Afrique sub-saharienne (7,7%).
En ce qui concerne la répartition par sexe, celle-ci reste au contraire plutôt stable avec 80,1% d’hommes et 19% de femmes. Introduite pour la première fois cette année, la catégorie « autre » n’a été retenue que par 8 individus, soit 0,6%.
Interrogés sur leur ancienneté dans la rue, près de la moitié des individus (45%) indiquent vivre dehors depuis moins d’un an. Pour 29,2% des sans-abris, la durée se situe entre 1 et 4 ans. Les auteurs relèvent par ailleurs que plus la durée de la vie augmente, plus la proportion d’Allemands est importante.
Quant aux sources de revenus, si 14,3% des individus ne déclarent toucher aucun revenu, 11,7% travaillent (contrats précaires et/ou travail au noir), 19,4% reçoivent une allocation chômage et 9,7% sont bénéficiaires d’autres prestations sociales (allocations familiales par exemple). La source principale de revenus réside cependant dans la mendicité, la collecte de bouteilles consignées, la vente du magazine de rue Hinz&Kunzt ou encore la prostitution, qui touche malheureusement près de 10% des femmes sans-abris. Les auteurs observent enfin que les sans-abris de nationalité allemande sont plus souvent bénéficiaires des prestations sociales que les sans-abris étrangers.
Dans un rare passage analytique, les auteurs relèvent que les autorités hambourgeoises ont mis en place des programmes de prévention et des dispositifs d’accompagnement pour éviter les pertes de logement. Mais les statistiques sont là pour montrer que de nombreuses personnes passent encore « à travers les mailles du filet ». Ainsi ces programmes ne peuvent-ils intervenir, par exemple, qu’en cas de procédure formalisée (situation dans laquelle la personne est exclue de son propre logement ou d’un logement dans lequel elle est officiellement enregistrée) mais pas, ou très peu, dans les cas, pourtant fréquents, de logements « chez l’habitant » (amis, membres de la famille).
Comme indiqué en début de recension, l’étude menée par le cabinet GOE Bielefeld n’a pas porté seulement sur les sans-abris de la ville de Hambourg mais également, pour la première fois, sur les « personnes hébergées », abordés à travers un échantillon de foyers vivant en résidence.
Si les modalités de réalisation de l’enquête ont abouti à une surreprésentation de certaines catégories, les auteurs présentent cependant certains résultats intéressants. Sans reprendre ceux-ci en détail, on pourra tout de même souligner que les personnes hébergées, malgré la précarité de leur situation, sont une population qui apparaît beaucoup plus encadrée et inscrite dans les dispositifs sociaux que les sans-abris. Ainsi ces personnes sont-elles à 92,8% titulaires d’une carte de sécurité sociale (contre 46,6% seulement des sans-abris) et à 73,7% bénéficiaires de prestations sociales (contre 29,1%).
L’étude réalisée par le cabinet GOE Bielefeld livre donc un tableau statistique tout à fait complet et honnête (les différentes limites de l’étude sont toutes soulignées) de la situation actuelle des sans-abris et personnes hébergées à Hambourg. On pourra cependant regretter le manque d’explications concernant certaines évolutions ainsi que le choix de ne retenir que l’étude 2009 à titre comparatif et de ne pas mobiliser, ou à quelques très rares exceptions près, les études antérieures.

A qui appartient Hambourg ?

CORRECTIV

Partenaire de nombreux médias internationaux, à l’image du Monde en France, le « centre de recherche d’intérêt public » et site d’investigation CORRECTIV a initié et participé à de nombreuses enquêtes d’importance ces dernières années. Parmi celles-ci, on peut citer, pour les plus récentes, les CumEx-Files (sur la fraude fiscale) ou encore les Black Sites (sur les prisons secrètes en Turquie).
C’est cependant sur Hambourg que s’est penchée, courant 2018 et pendant plus de six mois, l’équipe de CORRECTIV, en collaboration avec le quotidien local Hamburger Abendblatt. Objectif ? « Rendre plus transparent le marché immobilier » de la ville, dont l’opacité bénéficie à un petit nombre d’acteurs.
Désireuse d’associer le plus possible les habitants à son projet, en vue de récolter le maximum d’informations (contrats de location, évolution des loyers, etc.) mais également de créer des espaces de débats, ce sont deux à trois journalistes, normalement basés à Berlin, qui ont été relocalisés à Hambourg au sein d’une provisoire « Crowdnewsroom » – salle de rédaction participative.
Achevée en novembre 2018, tous les articles et résultats de l’enquête sont consultables en ligne.

Cet article a été rédigé entre décembre 2018 et février 2019. Source de l’image principale : Rainvilles Garten en 1815 (artiste inconnu) – Wikipedia. Pour réagir à cet article, vous pouvez laisser un commentaire ci-dessous, utiliser le formulaire de contact ou via Twitter.