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HAMBOURG ∙ HAMBURG
Actualités et sciences sociales par Arthur Devriendt

Élections du Bundestag : qui sont les candidats à Hambourg ?

Mis en ligne le 26 août 2017

Des papiers flottent dans les airs, accrochés à un fil tendu entre un arbre et un pylône. Des feutres sont mis à disposition des habitants invités à s’exprimer et les passants se pressent en nombre pour lire les messages. Ce cahier de doléances à ciel ouvert a été installé dans le Schanzenviertel, quartier bien connu de Hambourg, où se sont déroulés, en marge du sommet du G20 (7-8 juillet 2017), les affrontements les plus sévères entre membres du « Black Bloc » et forces de l’ordre.

La cible principale des messages ? Les autorités locales, au premier rang desquelles le maire et dirigeant du Land de Hambourg, Olaf Scholz, accusé par les habitants d’une préparation défaillante, d’une mauvaise anticipation et d’un manque criant de réaction — sa participation en compagnie des chefs d’état du G20, au sein de l’Elbphilarmonie (voir notre article), à une représentation de la Symphonie nº 9 de Beethoven alors même que se déroulaient les événements dans le quartier, est un reproche récurrent.

Il y a aussi ce message, signé par « un ancien électeur du SPD » : « Citoyens de Hambourg ! Olaf Scholz doit partir ! En septembre, pas de voix pour le SPD. » Un appel clair lancé à la population à se saisir des élections législatives fédérales du 24 septembre 2017 (Bundestagswahl) pour manifester son mécontentement et sanctionner dans les urnes le premier bourgmestre.

Car si Olaf Scholz n’est pas candidat en son nom lors de ces élections nationales, il est en revanche une figure importante du Parti social-démocrate (SPD) et s’est fortement impliqué dans la campagne, participant à de nombreuses réunions publiques et posant sur autant d’images ou affiches de soutien (voir ci-dessous). C’est cette stratégie réfléchie par temps calme, faisant volontiers appel à un personnage jusqu’alors peu contesté, qui se voit mise à mal suite aux événements du G20 et aux nombreuses voix qui se sont élevées pour réclamer la démission du premier magistrat de la ville — une option que l’intéressé a rapidement écarté.

Affiches de réunions publiques (extraits) représentant Olaf Scholz “en dialogue” avec quatre candidats SPD à Hambourg : Johannes Kahrs, Dorothée Martin, Aydan Özoğuz et Matthias Bartke.

S’il est difficile d’estimer pour l’heure les conséquences électorales d’un tel scénario, le parti aimerait quant à lui renouveler ses résultats des élections législatives fédérales de 2013 qui l’avaient placé en tête à Hambourg avec 32,4% des voix (devant l’Union chrétienne-démocrate, CDU, 32,1%) et lui avait permis de remporter 5 des 6 circonscriptions en jeu localement — un résultat d’autant plus satisfaisant que le SPD, au niveau national, enregistrait cette année-là son deuxième pire score depuis 1949. Cet objectif, le parti social-démocrate espère l’atteindre en reconduisant sa tête de liste, Aydan Özoğuz, députée sortante, ainsi que de nombreux autres candidats dits « de liste » ou « de circonscription » (lire l’encadré ci-dessous).

Le système électoral allemand: Qualifié de « système mixte à finalité proportionnelle », le système électoral allemand combine scrutin majoritaire uninominal et scrutin proportionnel plurinominal. Concrètement, pour les élections législatives fédérales, chaque électeur possède deux voix : une « première voix » à attribuer dans sa circonscription à une personnalité unique et une « deuxième voix » à attribuer dans son Land à la liste d’un parti politique. Si les élus « première voix » sont crédités au contingent de chaque parti, ce sont toutefois les « deuxièmes voix » qui définissent la répartition proportionnelle des sièges entre les différents partis au Parlement (Bundestag). Ainsi chaque parti politique doit désigner, dans chaque Land, à la fois des candidats pour les circonscriptions (Hambourg est divisé en 6 circonscriptions) et des candidats pour sa liste régionale (Landesliste).

S’il n’est pas le seul parti à avoir réinvesti pour septembre 2017 sa tête de liste 2013 — le CDU, avec Marcus Weinberg, et les Verts, avec Anja Hajduk, ont fait de même — c’est néanmoins le SPD qui, de tous les partis présents à Hambourg, a reconduit le plus de candidats : 50% de ses candidats investis en 2017 l’étaient déjà en 2013. Une composition qui traduit une volonté manifeste d’une prise de risque minimale, laquelle, on l’a évoqué, peut rapidement se voir remise en cause par des événements imprévus.

Les « nouveaux entrants »

Derrière le SPD, on observe un gradient selon les résultats obtenus à Hambourg par les partis aux élections fédérales de 2013 : ainsi la CDU (qui avait totalisé 32,1% des voix), les Verts (12,7%) et Die Linke (8,8%) ont-ils respectivement maintenu 4, 2 et 1 candidat de 2013 pour les élections de 2017.

Du côté des partis arrivés à Hambourg sous la barre des 5% — seuil qui doit être dépassé, au niveau national, pour autoriser un parti à être représenté au Parlement — aucun des candidats de 2013 n’a été reconduit pour la campagne de 2017. C’est le cas du parti libéral-démocrate FDP, partenaire fréquent de coalition auprès du SPD ou de la CDU mais pour qui les élections de 2013 avaient constitué un véritable « fiasco » (tant au niveau local que national), comme du parti d’extrême droite AfD, qui connaissent donc tous les deux un profond remaniement. Dans la même situation, le Parti Pirate a lui aussi opté pour un tel remaniement mais ne sera finalement pas en mesure de participer aux élections à Hambourg, comme nous l’a indiqué son Vice-Président régional Thomas Michel, faute d’avoir réuni les 2000 signatures nécessaires — il est néanmoins conservé dans l’analyse, à titre comparatif.

Les 61 candidats nouvellement investis en 2017 (sur 74 candidats au total, tous partis confondus) ne méritent toutefois pas d’être qualifiés trop rapidement de « nouveaux entrants ». Un détour par les élections législatives locales est à ce titre éclairant : en effet, on observe alors que plus de 65% des nouveaux candidats investis par les partis aux élections législatives fédérales de 2017 ont déjà été investis par leur parti aux élections législatives régionales de Hambourg en 2015 (Bürgerschaftswahl). Le graphique ci-dessous illustre cette situation où les élections locales, très importantes eu égard aux compétences attribuées aux Länder dans le système allemand, semblent jouer à la fois un rôle de filtre et de tremplin pour les élections nationales. À noter ici la particularité du FDP qui a reconduit à l’identique son duo de tête des élections locales de 2015 aux élections fédérales de 2017 (1. Katja Suding, 2. Wieland Schinnenburg) :

Par ailleurs, être nouvellement investi en 2017, sans avoir été présent ni en 2013 ni en 2015, n’exclut pas une longue expérience ou carrière politique au niveau local. C’est par exemple le cas de Robert Jarowoy, candidat Die Linke, ou de Peter Lorkowski, candidat AfD (voir plus bas).

Place aux jeunes ?

La nouveauté dans les investitures, ou au contraire l’absence de nouveauté, peut également s’observer à travers la place accordée aux plus jeunes. C’est ainsi que l’on retrouve, dans les listes qui seront soumises aux électeurs, la quasi-totalité des organisations de jeunesse respectives des partis allemands, à savoir : les jeunes socialistes « Jusos » (SPD) en la personne d’Annika Urbanski, la « Junge Union » (CDU) avec Antonia Niecke, les jeunes écologistes « Grüne Jugend » (Verts) avec Johannes Müller, la « Junge Alternative » (AfD) avec Krzysztof Walczak, « Linksjugend Solid » (Die Linke) avec Sarah Rambatz ou encore les jeunes libéraux « JuLis » (FDP) avec Carl Coste. Cependant, aucun de ces candidats n’est situé en position éligible avec, au mieux, une 4e place sur la liste des Verts et, au pire, une 11e place sur la liste du SPD.

Quelques statistiques simples sur l’âge des candidats sont aussi instructives. De manière contre-intuitive, ceci en raison de leur positionnement politique d’une part et de leurs sujets d’intérêt respectifs d’autre part, la moyenne d’âge des candidats investis la moins élevée se rencontre à l’AfD (40 ans) et la plus élevée dans les rangs du Parti Pirate (53 ans) — voir le graphique ci-dessous. Plus que la moyenne, la mesure de l’âge médian permet de mieux apprécier la répartition des candidats selon leur vieillesse : pour cinq des sept partis étudiés (SPD, CDU, Verts, AfD et Parti Pirate), la médiane met en évidence un poids plus important des candidats les plus âgés. En revanche, pour les partis Die Linke et FDP, on observe une composition des listes qui se fait plus à l’avantage des plus jeunes. Au sein de ces deux partis, l’âge médian des candidats est respectivement de 37 et 34 ans. Ce sont également dans ces deux partis, Die Linke et FDP, que l’on rencontre les plus jeunes têtes de liste : le député européen Fabio de Masi (37 ans) d’un côté et Katja Suding (41) de l’autre. Enfin on peut également noter que, sur dix candidats investis par le FDP, cinq ont moins de 40 ans.

À propos des deux partis politiques les plus importants, le SPD et la CDU, ceux-ci ont une moyenne d’âge identique (47 ans), la plus élevée en-dehors du Parti Pirate, et une répartition du nombre de candidats qui se fait, comme on l’a déjà souligné, au profit des plus âgés (le SPD compte ainsi six candidats, sur 12, de plus de 50 ans).

Parité et répartition hommes-femmes

En termes d’égalité hommes-femmes, seuls deux partis, le SPD et les Verts, respectent strictement le principe de parité en présentant 50% d’hommes et 50% de femmes, en alternance (une femme – un homme – une femme, etc.). Chez ces deux partis, la tête de liste est également une femme (Aydan Özoğuz et Anja Hajduk). Avec quatre femmes pour sept hommes, la CDU n’est pas le parti le plus mal placé mais il est à noter que la première femme (Herlind Gundelach, députée sortante) y arrive seulement en cinquième position.

Chez les « mauvais élèves », on trouve le FDP, avec trois femmes investies (dont toutefois la tête de liste) pour 10 hommes, et le Parti Pirate, qui ne devait présenter qu’une seule femme (en 11e position sur la liste) pour 14 hommes — témoignant, de la sorte, au-delà de celle classique dans le monde politique, de la « domination masculine » qui caractérise aussi, à Hambourg comme partout ailleurs en Allemagne, le domaine des technologies de l’information, comme le rappelait récemment la sociologue Grit Grigoleit-Richter dans la revue Journal of Ethnic and Migration Studies (voir notre fil twitter à ce sujet).

À toutes fins utiles, il peut aussi être rappelé qu’aucun des sept partis politiques étudiés ici n’a investi plus de femmes que d’hommes.

Les candidats « mixtes »

Comme on l’a déjà souligné (voir l’encadré), le système électoral allemand combine scrutin majoritaire et scrutin proportionnel, obligeant les partis politiques à désigner à la fois un candidat pour chacune des circonscriptions locales (qui sont au nombre de 6 à Hambourg) et à établir une liste au niveau régional. Si cela aboutit à donner à chaque électeur deux voix distinctes (grosso modo une voix pour chaque type de scrutin), cette distinction n’est pas forcément de mise pour les personnalités investies : en effet, il n’est pas rare que des candidats aient un « double ticket », c’est-à-dire qu’ils soient en même temps candidats à un mandat « direct » et candidats à un mandat « de liste ».

Si les candidats à « double ticket » représentent déjà 52% de l’ensemble des candidats investis, leur poids est d’autant plus important si l’on s’intéresse aux positions les plus élevées et donc potentiellement les plus éligibles : 82% de ces candidats se situent ainsi entre la 1ère et la 6ème place de leur liste respective. Au sein de la CDU et du FDP, ce sont mêmes les 6 candidats de circonscription qui récupèrent l’intégralité des 6 premières places — le SPD n’y arrivant pas par respect du principe de parité, l’obligeant à décaler un candidat en 7ème position. Dans le même registre, on peut noter que pas moins de 5 partis (SPD, CDU, Verts, FDP et AfD) puisent leur tête de liste parmi leurs candidats de circonscription.

Dans une étude publiée en juin dans la revue German Politics, la politiste Sara Yasemin Ceyhan, de l’Université Goethe de Francfort, mettait déjà en évidence, à l’aide des données des élections de 2013 au niveau national, ce lien positif entre investiture en circonscription et accès aux positions les plus élevées sur les listes électorales, occasionnant par là même, selon l’auteur, une certaine clôture du jeu démocratique. La logique en est évidente — la maximisation du nombre de voix recueillies — et suppose, pour pouvoir être mise en œuvre, un fonctionnement à l’intérieur du parti suffisamment contrôlé en amont pour que les séances officielles de délibérations sur la composition des listes ne donnent pas lieu à des foires d’empoigne mais soient de simples validations formelles de décisions déjà prises (ce que les résultats, au-delà des 80-90% généralement obtenus, laissent à penser).

Dès lors, ce sont les situations qui s’écartent de cette logique qui sont intéressantes à observer. En ce domaine, la liste régionale que souhaitait présenter le Parti Pirate était un cas d’école : si les candidats de circonscription y étaient bien tous présents, en revanche, aucun de ces candidats n’était en position éligible, le premier arrivant seulement en troisième position et la majorité d’entre eux situés entre la 9ème et 13ème place. Des personnalités peu connues, un jeu démocratique interne ouvert et des faibles perspectives de gains électoraux ont certainement conduit à cette composition surprenante.

Du côté de partis plus établis, l’on relève aussi certains écarts : ainsi chez les Verts, la candidate de la circonscription Eimsbüttel (nord-ouest de Hambourg), Anna Gallina, déjà candidate en 2013, s’est vue refuser l’accès à la liste régionale. Candidate à la troisième place, celle-ci lui a échappé au profit d’une autre candidate, Jennifer Jasberg, nouvelle candidate aux élections nationales. Si le référent local du parti relativise une telle situation, elle ne concerne pourtant, selon nos observations, que trois autres candidats parmi l’ensemble des partis.

Ainsi à l’AfD, Peter Lorkowski, candidat de la circonscription Harburg (sud-ouest de la ville), est absent de la liste régionale de son parti. Si l’AfD indique qu’il n’était tout simplement pas candidat à la liste régionale, le candidat lui-même est un peu plus loquace : seule la cinquième place de la liste lui était proposé. Or, compte tenu des élections précédentes et des résultats estimés, cette place n’est pas synonyme d’élection au Bundestag. Dès lors, P. Lorkowski a préféré se concentrer sur sa circonscription locale, souhaitant faire bénéficier son parti de son « ancrage » local, en tant que chef d’entreprise.

On retrouve une attitude similaire dans les rangs du parti Die Linke, en la personne de Robert Jarowoy. Candidat dans la circonscription d’Altona, R. Jarowoy ne s’est vu proposer que la quatrième place sur la liste régionale. Une place qui l’aurait conduit à devoir mener campagne à une échelle où il est  « complètement inconnu », et sans perspective de victoire à la clé. A l’image de Peter Lorkowski de l’AfD, il a donc choisi de se concentrer sur sa circonscription, où il jouit d’une petite notoriété en tant qu’écrivain, pour amener le maximum d’électeurs à voter pour son parti.

Malgré tout ce qui les différencie sur le plan politique, ces deux figures de quartier font ainsi un même pari incertain. La perspective de victoire électorale n’étant pas suffisamment assurée pour les inciter à adopter une logique de parti, ces deux candidats ont en effet adopté une démarche qui consiste, tout en personnalisant très fortement leur campagne, à vouloir amener les électeurs à voter pour une liste sur laquelle ils ne figurent pas.

Enfin, un autre candidat Die Linke de circonscription ne figure pas sur la liste régionale de son parti. Il s’agit de Martin Dolzer, membre du parlement de Hambourg et candidat pour la circonscription Hamburg-Mitte (centre-ville). Pourtant désireux d’être sur la liste régionale, il n’y a pas été investi par son parti, faute selon lui à une « inversion de calendrier ». Le parti Die Linke est en effet le seul, compte tenu de problématiques juridiques, à avoir arrêté sa liste régionale avant ses candidatures locales. Une situation qui, dès lors, ouvrait davantage le jeu et laissait place à l’expression de possibles dissensions internes — l’éventualité qu’il ait dès lors été sanctionné par une partie de ses pairs pour des propos polémiques sur la police, même s’il évacue cette hypothèse auprès de nous, n’est pas à exclure.

Au-delà des petites histoires individuelles, le fait que ces cas atypiques se rencontrent dans les rangs du Parti Pirate, des Verts, de l’AfD et de Die Linke n’est pas anecdotique : il éclaire en effet sous un autre angle les défis auxquels sont confrontés ces partis qui, derrière le CDU et le SPD, cherchent à se renouveler. Une exception : le FDP qui, tout en renouvelant profondément ses visages après une élection 2013 calamiteuse, semble s’être doté d’une organisation resserrée calquée sur les grands partis, toute orientée vers la victoire et son retour au parlement. Les électeurs adhéreront-ils à ce mélange de neuf et d’ancien ? Réponse le 24 septembre.


Cet article a été rédigé en juillet et août 2017. Les personnes citées ont été interrogées par email en juillet 2017. Les statistiques réalisées portent sur les partis politiques suivants : le SPD, la CDU, les Verts (Grünen), l’AfD, le FDP, Die Linke et le Parti Pirate. La liste officielle et exhaustive est consultable ici. Pour réagir à cet article, merci d’utiliser le formulaire de contact.

La sélection, épisode 1 : mai-juin 2017

Mis en ligne le 27 juin 2017

En parallèle des articles « long format » publiés sur le blog, cette rubrique propose, tous les deux mois, un tour d’horizon des actualités de la recherche en sciences sociales (publications, événements, conseils de lecture, etc.) consacrées à l’Allemagne, en général, et à la ville de Hambourg, en particulier.

Au programme de ce premier épisode : Une contestation puissante ou des élites fragiles ? Les JO 2024 à Hambourg ∙ 327 victimes à la frontière interallemande ∙ Espérance de vie : une convergence est/ouest ? ∙ Genèse du “Stadtumbau Ost” ∙ Les déboutés du droit d’asile ∙ Les “immigrants” vus par la gauche militante allemande ∙ Allemagne, société à responsabilité limitée.

Une contestation puissante ou des élites fragiles ? Les JO 2024 à Hambourg

John Lauermann & Anne Vogelpohl

Sous l’impulsion de regroupements d’acteurs (économiques, politiques et sportifs) soulignant l’effet catalyseur et les bénéfices de tels événements (en termes de nouveaux quartiers, d’espaces verts, d’infrastructures, de signatures architecturales renommées, etc.), de nombreuses villes de par le monde se sont positionnées, ces 20-30 dernières années, pour accueillir les Jeux Olympiques sur leur sol. Nombreuses sont aussi celles qui, dans la période récente, ont vu ces mêmes projets abandonnés. Entre 2013 et 2016, ce sont ainsi Davos/Saint-Moritz, Munich, Budapest, Cracovie, Oslo, Rome ou encore Stockohlm qui ont retiré leur candidature suite à un référendum négatif ou à un mouvement de protestation populaire — relativisant au passage l’idée d’un “pessimisme” purement français que la rédaction du Monde a cru déceler dans les oppositions à la candidature de la ville de Paris.

C’est également le cas des villes de Hambourg et de Boston, dont les trajectoires sont étudiées, dans un article récemment paru dans la revue Environment and Planning A, par Anne Vogelpohl et John Lauermann, tous deux géographes, respectivement à l’Université d’Hambourg et à l’Université du Texas A&M. Dans ces deux cas précisément analysés, la “coalition de croissance” — expression forgée et popularisée par le chercheur américain Harvey L. Molotch en 1976 — a vu ses ambitions échouer sous l’effet d’une mobilisation citoyenne et de sa propre fragilité.

Déjà candidate malheureuse à l’accueil des JO en 1990 et 2003 (pour les jeux de 2004 et 2012), la ville de Hambourg semblait depuis lors se tenir à l’écart d’une telle ambition. Mais c’était sans compter sur la Chambre de commerce qui, en 2014, pousse pour une candidature aux JO 2024, lesquels sont présentés comme un “catalyseur et un emblème” pour la ville. Rapidement relayée par les responsables politiques, la coalition s’est construite autour de trois acteurs clés : à côté de la Chambre de commerce, déjà évoquée, l’entrepreneur immobilier Alexander Otto et le quotidien local Hamburger Abendblatt, tous deux également très actifs dans le dossier de l’Elbphilharmonie (voir notre article).

Déployer volontiers un discours fait de “boost” et d’“accélérateur”, organiser de nombreux événements publics, diffuser des vidéos de gens au bonheur retrouvé, publier quotidiennement des double-pages enthousiastes dans les colonnes du Hamburger Abendblatt, tout a été fait (ou presque) afin de susciter l’adhésion au projet et minimiser les critiques. Un aspect d’autant plus important que de cette adhésion populaire dépendait le choix final, au niveau national, entre Berlin et Hambourg. Au soir du 29 novembre 2015, ces efforts n’avaient cependant manifestement pas suffi : le référendum organisé ce jour-là réunissait 51,6% des voix contre le projet.

Si ce résultat a pu surprendre y compris au sein des rangs des militants “NOlympia”, ce résultat vint plutôt, pour A. Vogelpohl et J. Lauermann, clôre une séquence. En effet, si la capacité des militants à faire entendre leurs voix a été réelle, en s’appuyant notamment sur les expériences précédentes de villes-hôtes et en développant un discours plus large sur la ville embrassant de multiples thématiques (gentrification, environnement, démocratie…), celle-ci ne suffit pas à expliquer le résultat. L’échec de la “coalition” tient aussi, selon les auteurs, a ses propres fragilités :

Sur le plan budgétaire tout d’abord, les acteurs locaux n’ont jamais réussi à obtenir la garantie de l’implication de l’État fédéral. Le maire Olaf Scholz pouvait promettre que la ville ne prendrait pas en charge plus de 200 millions d’euros par an de 2018 à 2023, plus de 7,4 milliards restaient à financer sans répartition claire. Une position difficile à tenir quand, en parallèle, la municipalité se montrait incapable de maîtriser l’explosion des coûts de l’Elbphilharmonie (voir notre article). Le coup de grâce en la matière a toutefois été apporté en septembre 2015 par un rapport de la Cour des comptes de Hambourg, difficilement soupçonnable de “gauchisme”, dans lequel l’institution pointait les risques financiers de l’opération et les conditions imposées par le CIO.

Deuxièmement, la Chambre de commerce, bien qu’officiellement porteuse du projet, n’a pu compter en interne que sur un soutien partiel. Sous le slogan “La Chambre, c’est NOUS” (“Die Kammer sind WIR”), une opposition s’est en effet développée en son sein depuis 2014, réclamant l’accès au pouvoir d’une nouvelle génération, plus jeune et plus en phase avec les transformations de l’économie. Ce groupe s’est alors fait l’écho des opposants à l’accueil des JO, dénonçant notamment le manque de transparence et de participation, le sujet n’ayant par exemple, malgré la forte implication des services de la Chambre, jamais été abordé en session plénière. Signe de l’émergence de nouvelles élites, ce groupe a raflé 54 des 58 sièges aux élections consulaires en début d’année 2017 et placé un de ses membres à la présidence de la Chambre, en la personne de Tobias Bergmann, patron d’une société de conseil et membre de Transparency International.

Enfin, l’emplacement envisagé du projet a provoqué à son tour de fortes dissensions. Si l’“OlympiaCity” devait relier trois projets phares de la ville et accélérer la conversion d’anciennes zones portuaires, de nombreux entrepreneurs, qui se voyaient dans l’obligation de transférer de manière permanente ou partielle leurs activités, ont fait part de leur désaccord, privant la coalition de soutiens traditionnels et nécessaires.

Ce sont toutes ces lignes de faille, ces fractures et dissensions que la “coalition” n’a pas réussi à surmonter mais sur lesquelles, en face, les opposants ont su capitaliser, en plus de développer leurs propres alternatives, qui ont abouti à l’échec du projet. Un échec que le titre honorifique de “Citoyen de l’année 2015” accordé à Alexander Otto n’aura sans doute pas suffi à effacer.

327 victimes à la frontière interallemande

Klaus Schroeder & Jochen Staadt

Largement relayée par la presse allemande (voir, par exemple, Der Spiegel, Deutsche Welle, Die Zeit, Süddeutsche Zeitung), la publication, aux éditions Peter Lang, d’un ouvrage dirigé par Klaus Schroeder et Jochen Staadt, politistes et historiens à l’Université libre de Berlin, met à disposition du grand public une biographie détaillée des 327 personnes mortes à la frontière entre la RDA et la RFA, de 1949 à 1989. Un travail issu de cinq années de recherche et mené dans le cadre d’un projet soutenu par le ministère fédéral de la Culture et des Médias ainsi que par les États de Saxe-Anhalt, de Basse-Saxe et de Hesse.

Espérance de vie : une convergence est/ouest ?

Markéta Pechholdová, Pavel Grigoriev, France Meslé & Jacques Vallin

Après s’être intéressé, il y a cinq ans déjà, à l’évolution de la population puis au taux d’emploi féminin en Allemagne, la collection Population & Sociétés de l’INED s’intéresse dans son numéro de mai 2017 (n°544), écrit à quatre mains, à la convergence observée de l’espérance de vie, depuis la réunification, entre l’ex-Allemagne de l’est et l’ex-Allemagne de l’ouest.

En prenant dans un premier temps appui sur la situation de la République Tchèque, qui leur permet d’évacuer l’idée selon laquelle le “simple abandon du régime communiste” serait le facteur explicatif de cette convergence, les auteurs, en s’intéressant à l’évolution des causes de décès, notent que, dès les années 80, les deux Allemagne sont engagées dans une baisse des décès liés aux maladies cardiovasculaires (qui sont la première cause de décès). Mais comme l’observent les auteurs, le rythme de la baisse est alors plus soutenu à l’ouest qu’à l’est.

Ce que viendra apporter la réunification — après une brève période d’aggravation des écarts d’espérance de vie, en raison du “choc démographique” causé par la réunification (voir infra) et de la “désorganis[ation] des règles de la vie sociale” — est une “inversion entre les rythmes de baisse” : tirant avantage des techniques modernes, l’ex-RDA connaîtra en effet durant les années 1990 un rythme de baisse des maladies cardiovasculaires plus soutenu que l’ex-RFA, aboutissant à une égalisation de l’espérance de vie entre Länder de l’est et Länder de l’ouest.

Si l’écart pour les femmes est devenu depuis le milieu des années 2000 quasi-insignifiant (0,17 an contre 2,8 ans en 1990), le rattrapage est en revanche qualifié d’incomplet pour les hommes (persistance d’un écart de 1,3 ans aujourd’hui contre 3,4 ans à la réunification) : “Les hommes de l’Est continuent de pâtir d’un reliquat de sur-risques liés aux déficiences de l’ancien régime en matière de maladies cardiovasculaires et de maladies de société (alcoolisme, tabagisme, morts violentes, comportements propices aux maladies de cœur)” observent ainsi les auteurs.

Genèse du “Stadtumbau Ost”

Matthias Bernt

Au-delà de l’image d’épinal d’un peuple tout à sa joie de fêter son unité nationale retrouvée, la réunification a eu pour première conséquence une émigration massive de la population de l’Allemagne de l’Est vers l’Allemagne de l’Ouest. On estime ainsi que, depuis 1991, l’ex-RDA a perdu 1,7 million d’habitants soit près de 11% de sa population initiale.

Paradoxalement, à la même période et alors que cette émigration massive allait de pair avec un fort mouvement de désindustrialisation, l’ex-RDA a connu un “boom immobilier”, largement soutenu par les pouvoirs publics.

La coexistence de ces deux mouvements contradictoires (rétrécissement démographique versus augmentation du nombre de logements) étant, par l’imbrication étroite des différentes parties prenantes (compagnies de logement, municipalités, établissements bancaires…), porteuse d’un risque important de réaction en chaîne, un programme massif de rénovation urbaine a été mis en place : le “Stadtumbau Ost” (2002-2016).

Dans un article récemment paru dans la revue Urban Geography, le politiste et sociologue de l’urbain Matthias Bernt, de l’Institut Leibniz (Erkner), revient en détail sur la genèse de ce programme, en se concentrant non pas sur ses applications locales (déjà largement décrites par ailleurs), mais en s’intéressant à la “constellation d’acteurs” mobilisés au niveau national.

L’auteur montre notamment comment les acteurs immobiliers ont encadré la manière de poser le problème ainsi que la façon d’y répondre — l’intérêt général, déterminant l’action publique, résidant pour ces acteurs dans la garantie d’un fonctionnement normal et équilibré du marché, et ce en parfait écho à l’ordolibéralisme allemand. Néanmoins, Matthias Bernt montre également comment les autres acteurs investis dans l’élaboration du “Stadtumbau Ost”, s’ils ne sont jamais allés contre les intérêts du secteur immobilier, ont profondément marqué le programme à leur tour : ce sont ainsi les aménageurs qui, dépassant la seule destruction des logements vacants en périphérie, ont fait de la rénovation des centres urbains un volet prioritaire de cette politique ; c’est également la machine administrative qui, en rendant obligatoire l’élaboration par les municipalités d’une “stratégie de développement intégré”, a permis d’inscrire les actions menées dans une temporalité de moyen et long terme.

Se plaçant à distance des études mobilisant le “néolibéralisme” comme clé explicative des transformations des politiques urbaines, Matthias Bernt plaide ici pour la reconnaissance du “caractère hybride” du programme de rénovation urbaine qu’a connu l’ancienne Allemagne de l’Ouest.

Les déboutés du droit d’asile

Penelope Scott

En exploitant les données d’entretiens réalisés entre 2007 et 2011 auprès d’une dizaine de participants dans l’Est de l’Allemagne, la sociologue Penelope Scott, rattachée à l’Université de Munich, propose, dans un article publié dans le Journal of Immigrant & Refugee Studies, d’éclairer les conditions de vie particulières dans lesquelles évoluent les déboutés du droit d’asile en Allemagne qui ne peuvent, compte tenu d’obstacles procéduraux ou de raisons humanitaires, être renvoyés dans leur pays d’origine.

Bénéficiaires d’une “Duldung” qui, comme son nom l’indique en allemand, “tolère” leur présence sur le sol allemand, et soumis dans le même temps à une “Residenzpflicht” (qui contraint fortement leur mobilité géographique), ces individus voient leur quotidien intégralement déterminé par les pouvoirs publics : logement, argent liquide, tickets pour produits de première nécessité, conditions d’accès au service de santé, interdiction d’entrée sur les marchés éducatif ou professionnel.

Dès lors ce quotidien n’est pas, l’on sans doute, sans difficultés : ainsi les résidences collectives, par le partage des commodités qu’elles impliquent, génèrent des comportements compétitifs (ex: pour bénéficier d’eau chaude) pouvant déboucher sur des conflits ouverts entre résidents, et offrent peu de possibilité de vie privée. Les tickets ou bons à échanger, quant à eux, ne permettent pas toujours de se procurer l’ensemble des biens ou produits nécessaires à une vie normale, et ce d’autant plus quand les centres d’hébergement sont situés en zone peu dense où l’offre de commerces est faiblement fournie. Un éloignement des centres qui aboutit par ailleurs quasi mécaniquement à un éloignement social. Enfin, le quotidien des déboutés interviewés par P. Scott — tous “noirs africains” — est fortement marqué par la peur d’agressions à caractère raciste. Si elles ne sont pas directement imputables aux autorités, ces agressions invitent tout de même à interroger ces mêmes autorités sur les critères qui président aux choix de localisation des centres d’hébergement.

Pour tenter de faire face à ces facteurs de stress, qui peuvent déboucher sur des troubles psychiques profonds, Penelope Scott observe différentes “réponses” parmi les personnes enquêtées : l’activisme dans des organisations de défense des droits des immigrés (qui offre distraction, accès à un réseau social et acquisition de savoirs utiles pour sa propre situation), la sortie du centre d’hébergement (vécue comme une reprise en main de son parcours mais qui, compte tenu de la violation de la règlementation sur laquelle elle repose, est potentiellement risquée) ou encore, “l’instrumentalisation du corps” : se marier à un(e) allemand(e) et/ou avoir un enfant avec un(e) allemand(e) apparaissent en effet, pour de nombreux migrants, comme les dernières options à leur disposition pour sécuriser leur statut et éloigner définitivement la menace d’expulsion qui pèse sur eux.

En conclusion de son article, l’auteure livre un jugement très sévère sur la réglementation allemande, coupable, selon elle, de “violation des droits humains”. Pour Penelope Scott il conviendrait en effet que la localisation des centres d’hébergement soit pensée de manière à faciliter la sociabilité des résidents avec l’extérieur ; que les unités de logement soient plus petites et offrent la possibilité de regroupements selon des affinités familiales ou amicales ; que les problématiques spécifiques aux femmes, et en particulier aux femmes enceintes, soient reconnues et anticipées ; et enfin, que les sanctions ayant pour effet de limiter l’accès aux besoins élémentaires soient supprimées tout comme les restrictions de mobilité et d’accès au système de santé.

Cependant, compte tenu de la relative ancienneté des témoignages sur lesquels repose son article (2007-2011) et compte tenu par ailleurs de l’accueil réalisé depuis lors par l’Allemagne envers les réfugiés syriens (2013-2015), il aurait sans doute été utile que l’auteure rajeunisse son propos, fasse part des éventuelles évolutions législatives et indique si ses préconisations sont toujours, ou non, d’actualité.

Les “immigrants” vus par la gauche militante allemande

Pautz Hartwig

Ancien étudiant à l’Université d’Hanovre et désormais lecteur à l’Université de l’Écosse de l’Ouest, Pautz Hartwig publie dans la revue German Politics un article consacré aux discours tenus sur les “immigrants” et “réfugiés” par les mouvements de gauche radicale non parlementaires.

En introduction, P. Hartwig note que si la “crise des réfugiés” syriens en Allemagne a conduit à de nombreux débats, les enquêtes et études relatives à ces controverses se sont limitées soit aux partis participant à “l’arène électorale”, soit aux mouvements d’extrême droite. Ainsi les mouvements de gauche non parlementaire, faibles numériquement mais fortement actifs en cette période, ont-ils, par leur non-participation aux joutes électorales et par leur situation à gauche de l’échiquier politique, doublement échappé aux regards des analystes.

Après avoir étudié les “publications” (sites web, blogs, flyers, etc.) de cette mouvance mobile — concentrée prioritairement à Hambourg, Berlin et dans les villes universitaires — l’auteur met en évidence trois types de discours :

Le premier de ces discours voit dans les immigrés et réfugiés un nouveau “prolétariat”. Érigés en victimes du capitalisme, leur sort est une invitation à poursuivre le combat contre le système et ses institutions (à commencer par l’Union Européenne et l’État allemand). Particulièrement porté par des groupes comme “… ums Ganze!”“Radikale Linke Berlin” ou la revue Jungle.World, ce discours critique une “aide aux réfugiés” perçue comme clientéliste et rejette toute forme d’accommodement ou de négociation avec les acteurs publics en charge de ces questions. Dès lors, seuls les individus ralliés à leur cause et désireux de s’engager à leurs côtés méritent d’être aidés et soutenus. La “crise des réfugiés” constitue donc une occasion pour ces groupes de réaffirmer leur vision politique propre, articulée autour de l’opposition entre “classe ouvrière”, à laquelle sont assimilés l’ensemble des réfugiés, et “bourgeoisie”.

Le deuxième type de discours identifié par l’auteur essaie de joindre dans le même temps une critique radicale des politiques en matière d’immigration et de droit d’asile, et une activité de soutien aux réfugiés et migrants. Historiquement portée par le réseau “kein Mensch ist Illegal” (KMII), fondé en 1997 et inspiré par le mouvement dit des “sans papiers” en France, cette mouvance revendique une position tranchée sur les notions de frontière et de souveraineté nationale ainsi que sur les politiques d’immigration, jugées discriminatoires et attentatoires aux droits humains, tout en s’engageant dans des actions quotidiennes d’aide aux réfugiés et migrants (conseils juridiques, aide médicale, administration, logement) avec ce que cela peut charrier en termes de compromissions et de tensions entre “réformistes” et plus radicaux. Si le KMII, en tant que réseau structuré et coordonné au niveau national, est désormais de l’histoire ancienne, il est toujours utilisé comme slogan et “marque” par de nombreux mouvements, à l’image de “Lampedusa in Hamburg” qui a regroupé autour de lui d’autres groupes et initiatives présentes dans la ville de Hambourg (“ATEŞ∙H”, “Recht auf Stadt”, “Antira”).

Le troisième et dernier discours étudié par P. Hartwig est celui des “Anti-Allemands”. Créé en 1990 par des dissidents de la gauche communiste non parlementaire d’Allemagne de l’Ouest, ce groupe se revendique de l’extrême-gauche, quand bien même ce label lui est très souvent contesté. Critique de l’anti-impérialisme, de l’anti-sionisme et d’un certain “islamogauchisme” — pour reprendre un terme en vigueur en France — qu’ils prêtent aux autres mouvements, les “Antideutsche” pressent la gauche radicale, notamment dans les colonnes de leur revue Bahamas, à défendre les acquis de “la modernité occidentale”. Face à un “Islam conquérant” et aux replis identitaires, il faudrait promouvoir, selon eux, une intégration “à l’occidentale” des réfugiés et immigrés, ce qui suppose un affranchissement vis-à-vis des “impositions de l’Islam”. Très critiques envers les projets politiques des groupes précédents, ils substituent à celui-ci un “projet de civilisation”.

En conclusion, l’auteur pointe le décalage qui existe chez certains acteurs, lesquels annoncent lutter contre le capitalisme et/ou les diverses formes d’oppression mais en viennent dans leurs discours à reproduire de strictes hiérarchies sociales et, à l’opposé d’une approche universelle, à conditionner leur soutien aux individus en fonction de leur degré d’adhésion (qu’il s’agisse de la “lutte des classes” ou de la défense de la “modernité occidentale”). Si la “crise des réfugiés” aurait pu, selon Pautz Hartwig, constituer une opportunité pour la gauche militante à se renouveler et à formuler un discours commun a minima, elle a en réalité plutôt contribué à réaffirmer et à renforcer la fragmentation des courants de pensée existant au sein de celle-ci.

Allemagne, société à responsabilité limitée

Franz Schultheis & Kristina Schulz

Publié en 2005 en Allemagne et paru en 2015 aux éditions « Raisons d’Agir » en version française, l’ouvrage dirigé par Franz Schultheis et Kristina Schulz, Société à responsabilité limitée. Enquête sur la crise du modèle allemand, fait l’objet, sous la plume d’Olivier Giraud, d’une recension très favorable dans le dernier numéro de la revue Sociologie du travail (vol. 59, n°2, avril-juin 2017).

En transposant à l’Allemagne la démarche mise en place par Pierre Bourdieu dans le livre La Misère du monde, la dizaine de chercheurs réunis pose “un diagnostic clair de la situation sociale et historique du pays par une mise en perspective critique et lucide de ses structures sociales”, et ce à travers “les vécus et expériences singulières qu’elles génèrent à l’échelle individuelle”.


Cet article a été rédigé en juin 2017. Pour réagir à cet article, merci d’utiliser le formulaire de contact.

L’Elbphilharmonie : « merveille » du storytelling

Mis en ligne le 20 avril 2017

Les mois et semaines passent, mais les présentoirs des librairies Thalia, dans le centre de Hambourg, ne désemplissent pas d’ouvrages et de produits dérivés — tasses, cahiers de coloriage, sacs en toile, jeux de société — consacrés à  l’Elbphilharmonie, la “merveille” architecturale et culturelle de la ville inaugurée le 11 janvier dernier en présence, notamment, de la chancelière Angela Merkel.